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LE CHATEAU DE MA MERE ETAIT UN CHAPEAU DE FEUILLES COSMOPOLITE 𥶄

A la base, ca devait être un minuscule billet sur Ian Bennett, un chapelier mignon comme on les aime dont j’ai croisé par hasard l’échoppe à Londres (je cherchais une friperie, pour changer..). Forcément, il est anglais. Les vieux anglais sont encore férus de chapeaux, et puisque le soleil n’est pas tout à fait un argument sur place, il doit s’agir de pure coquetterie de leur part. Ou d’un acte de mimétisme avec la vieille.. En France, c’est un peu différent. On à bien la casquette, celle du papy de toujours ou du petit jeune de banlieue bien dans ses souliers mais la côte en matière de folklore national a baissé.. Nombreux sont les gens à arborer un bonnet, souvent à pompon, dès les premiers froids, mais les chapeaux restent assez rares, quoique, pour y avoir prêté attention dernièrement, encore bien présents !

Ma mère adorait ca. Elle en avait une collection incroyable, et c’était le genre à sortir dans la rue avec un vrai chapeau pointu de cueilleur de riz chinois. Celui, non pas chinois en fait, mais vietnamien, porté là bas depuis au moins deux milles ans par les femmes de toute classe sociale. Appelé le Nón lá (𥶄哉) pour chapeau de feuilles, on le fabrique à la main en tressant le bambou avec la feuille de latanier, et parfois on en orne la peau, mince comme le papier, légère comme le vol d’une hirondelle, de motifs et de poèmes. La tradition d’orner les chapeaux avec des symboles et des mots doux n’est pas seulement esthétique. Vous avez peut-être entendu parler des travaux du japonais Masaru Emoto qui réussit à embellir et restructurer jusqu’à la perfection les cristaux d’eau en les exposant à des musiques agréables et du vocabulaire amoureux.. Ce procédé aussi simple que révolutionnaire marche avec tout, en plus de prouver qu’une technologie spirituelle est à l’œuvre. Vous pouvez vous amuser à coller des étiquettes avec les mantras de votre cru sur vos carafes d’eau, ou tatouer dans le revers de vos vêtements préférés des formules magiques, un peu comme Marc Zuckerberg le fait… Mais si vous tenez à ce que ca reste un secret, vous aurez l’air un peu bizarre en déclarant “je n’enlève j a m a i s mon sweat..” alors qu’il fait cinquante degrés.. Dans le genre, j’ai un manteau que j’adore, chaud et lourd, en daim gris marron très épais et doublé de laine de mouton que j’ai trouvé en friperie, mais le détail que je préfère c’est la grosse étiquette à l’intérieur, surannée, très jolie, sur laquelle on peut lire : Peau d’Ane, et c’est drôle parce que ce manteau ressemble (et pèse) littéralement comme la peau d’âne dont la princesse du conte de Perrault se couvre pour s’enfuir du palais. Alors je l’enfile dès que j’ai besoin d’humilité ou l’envie de me fondre dans la foule.

Le chapeau traditionnel en cône est un accessoire de base au Vietnam, ou il fait partie intégrante de l’ADN, mais partout ailleurs, il est très exotique. Il ne s’agit jamais d’un hommage discret au pays du dragon et du matin calme puisqu’il donne franchement l’air de s’être accroché une pyramide sur la tête. Pour autant, ma mère se l’accrochait avec un réel panache. Ca lui faisait un port de tête impeccable, une dégaine impossible à rater, surtout dans une ville de province du genre de celle ou j’ai poussé.. (il faut imaginer ca porté avec un grand sweatshirt gris, un legging et de grosses chaussures de marche, ou alors avec une combinaison pantalon écrue en soie et des escarpins pointus effilés en cuir italien..) Autant dire que tout le monde la connaissait, au moins de vue.. Cela dit, le chapeau n’y était peut être pour rien, là-bas tout le monde se connaissait de vue, plus ou moins.. Disons seulement qu’il accélérait le processus puisqu’il n’y a qu’à Paris qu’on baigne dans cet inlassable flot de poissons inconnus.. La vie de quartier existe, mais elle est fortement diluée dans le chassé croisé des gens de passage, et c’est encore plus vrai l’été, avec l’arrivée des touristes. Mais à Paris ou ailleurs, il n’y a que sur la tête de ma mère que j’ai pu observer un tel couvre chef. A l’époque, j’étais partagée entre l’envie de trouver ca très cool (ca l’était..) et la honte pure et simple, puisqu’elle était la seule maman que je connaisse à faire ca. C’était visible en un coup d’œil a la sortie de l’école..

Souvent, il lui prenait aussi l’envie de me fourrer sur la tête un bob noir ou beige, trop grand pour moi, très techno 95, que j’étais en principe obligée de porter à l’école. Cette chose me valut rapidement le surnom de Jamiroquai, un chanteur un peu à la mode à l’époque qui arborait le même.. Là encore, personne d’autre ne portait ca, mais ma mère avait son côté poule tyrannique et jusqu’à l’âge de douze ou treize ans, c’est elle qui choisissait tous mes vêtements, qu’elle venait prélever dans mon armoire chaque soir avec un sérieux impassible pour les déposer d’autorité au pied de mon lit. Au collège, je faisais vraiment la gueule sous mon bob, et dans mes fringues que je n’avais pas choisies. Je me jurais de ne rien infliger de même à mes futurs enfants. Ils iraient nus s’ils voudraient, mais ils choisiraient dès qu’ils seraient en âge de choisir.. tandis que je choisirais une école ou on porte encore l’uniforme (pour corser un peu le truc..) Et je marmonnais dans mon coin des choses dans le genre de cette réplique de Halley Martin dans la série How to deal : “on doit apprendre à marcher, à parler, on doit porter le chapeau complètement ridicule que grand mère nous à acheté et on a pas le droit de se plaindre. Plus tard, même si on a le droit de choisir son chapeau on ne choisit pas ce qu’il y a dans les boulettes de viande à la cafétéria, ou quand tomber amoureux. Les choses arrivent et on doit apprendre à y faire face.”

Pour autant, j’ai souvent essayé de l’asticoter pour connaitre son secret. D’où lui venait donc ce sens inné du défilé haute couture que je ne connaissais chez aucune de ses sœurs, elle qui avait pratiquement grandi au bord d’un petit village de pécheurs sur un affluent discret de l’Amazonie ? Elle qui, contrairement à moi, ne se ruait pas à l’Intermarché du coin pour feuilleter le nouveau numéro de Vogue dès qu’il paraissait (voire le chourer quand la dame du coin presse ne regardait pas..) puisque Vogue n’existait pas la bas. Elle me disait : “je ne sais pas, j’ai toujours été comme ca. Au collège, je mettais même des ballerines dépareillées, une de chaque couleur et ca faisait rire et cancaner les autres mais je m’en foutais bien..” Ma mère était quelqu’un d’incroyable, et je ne dis pas ca seulement parce que je lui dois la vie, ou parce qu’elle s’habillait bien. Petite, elle m’évoquait un troublant mélange entre Marilyn Monroe et Grace Jones. Elle était vraiment solaire. Cette photo (ci dessous) de la photographe de mode Daniella Midenge avec son fils illustre à merveille l’effet qu’elle me faisait à l’époque. Celui d’avoir une maman déroutante, envoutante, exubérante à mort, et, pensais-je alors sans m’expliquer pourquoi, “très italienne”.

Lorsqu’elle ne discutait pas avec l’une ou l’autre de nos voisines, l’une ou l’autre des mémés du quartier qui adorait lui tenir la jambe, elle pouvait improviser juste comme ca une conversation en langue des signes avec une inconnue rencontrée dans la rue, sans être ni sourde ni muette mais elle avait pris des leçons simplement parce qu’elle aimait l’idée de parler ainsi : en dessinant les mots avec les mains. Elle aimait beaucoup, de manière générale, et la plupart des choses que les femmes aiment comme ca, sans y penser.. Les fleurs, surtout les gypsophiles dont elle ornait généreusement et par tous les temps la maison, les fringues, la musique (aussi bien Claude Barzotti que France Gall, Norah Jones ou Toni Braxton) et puis elle adorait les gens. Les autres l’intéressaient vraiment.. Elle se plaisait autant à passer ses nuits à danser avec ses copines, papoter philo au café lecture du coin qu’à jouer avec nous et nous emmener au ciné, quitte à négocier miel et ongles l’entrée interdite aux – de 12 ans du film d’horreur que nous n’avions pas l’âge de voir mais que nous voulions voir. Le plus souvent, ca marchait.. Le fait est que tout était passionné, gracieux, et au pied levé, avec elle. Je crois même que c’est la personne la plus entière et généreuse que j’ai rencontrée. Lorsqu’un mec faisait une énième remarque graveleuse sur sa poitrine (“vous avez de beaux poumons…”), elle répondait seulement dans un éclat de rire. Elle ressemblait à une reine, mais une reine déphasée, hyper en avance sur son temps (à l’époque, on ne parlait pas encore autant de l’ère du verseau..) et j’ai appris il y a peu qu’elle était scorpion ascendant poisson, lune poisson, sans parler de cette belle conjonction entre Vénus et Uranus, la même que Tim Burton, Elizabeth Taylor, Johnny Cash et Dostoïevski, ce qui suffit amplement à expliquer la folie douce et très avant-gardiste dont elle fit preuve au moindre instant. Avec tout ca, je crois qu’elle se serait quand même bien plu à Paris, ou elle aurait fait fortune en un rien de temps, fortune d’amis et fortune de compliments.

Mais c’est peut-être pour ca que j’aime les chapeaux. Dans mes tiroirs, on trouve deux ou trois chapka, autant de bérets, de la gavroche, (ou baker hat en angleterre pour casquette du boulanger), quelques capelines de paille et plusieurs modèles en feutre un peu déformés pour l’automne. C’est limite si, pendant un moment, le fait d’aller tête nue me faisait sentir nue tout court. En soirée, je me perchais souvent un haut de forme noir en carton satiné que je stabilisais tant bien que mal en le bourrant habilement avec une partie de ma tignasse.. Je crois que j’ai cessé d’en porter sous le coup du masque sanitaire, et l’impression croissante de m’enfermer dans un scaphandre.. Mais j’ai des gouts (un peu) moins exubérants que maman.. J’aime que le couvre chef fasse déshabillé, casual, anti course hippique, ou alors au contraire, qu’il ait une allure pensée pour la fête mais une fête ou l’enchantement du punk et de l’abstraction l’emporte sur les rigueurs meringuées de l’organza.. Ca tombe bien, c’est un peu le travail de la mode de nous pondre de ces coiffes éblouissantes, graphiques et quasiment importables, et, pour toute maison qui se respecte un peu, le chapeau est une pièce maitresse. Coco Chanel est connue pour avoir commencé par là.. C’est vraiment la petite cerise déposée comme il se doit sur un monticule de chantilly, lui même panaché sur une grosse pièce montée ! En 2018, les capelines géantes de Jacquemus ont suscité beaucoup d’émotion, mais je tiens à dire que ma mère portait des trucs dans le genre, paille et XXL, bien avant que Jacquemus n’existe. Pour ce qui est des autres, je reste de l’humble avis que les réalisations les plus mémorables sont signées Valentino, Schiaparelli et plus encore : Alexander Mc Queen -et son faiseur de chapeaux Philip Treacy– , sans oublier les collections Dior entre 1996 et 2005 ou 6, sous John Galliano, avec Stephen Jones à la colle, l’un des chapeliers devenu depuis parmi les plus réputés du métier. Mais.. il y a aussi, voire surtout, les petits nouveaux, les petits génies civils de la chapellerie futuriste, comme Katsuya Kamo et Melissa Meier, dont je parlerais dans un petit article dédié juste après..

Jacquemus SS18
le chapeau d’apiculteur signé Sarah Burton pour Mc Queen SS2013

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Un petit jardin sur la tête..

J’adore aussi le concept de passer sa vie à fabriquer des chapeaux. Le chapeau fait maison implique de savoir manipuler la plume, taillader de la plume, la teindre et l’assembler sur le coffre du bébé pour en faire naitre son ramage flamboyant. Rien que ca, c’est magique.. Après tout, et comme je l’ai lu sur le blog d’une chapelière amatrice (toujours anglaise) : les plumes ont une personnalité… Elles demandent d’avoir la main légère, et un peu verte ! Toutes les coiffes de fête sont des jardins en soi. On crée bien un chapeau comme on crée un bouquet de fleurs. Si vous voulez apprendre à le faire, Ian Bennett organise justement à l’instant même des masterclass digitales à l’occasion de la London Hat Week (du 01 au 07 août). Non seulement les anglais ont leur fashion-week du chapeau, mais ils ont aussi leurs concours de défilé des chapeaux de Pâques ! Et ca pourrait rester comme ca : un accessoire marrant, de ce fait toujours un peu dans l’air du temps. Mais le poids des convenances pèse sur le chapeau, qui commence à se faire vieux, avec tout ca.. Les chapeaux, le deuil et les scrupules ne se portent plus.. (albert willemetz) ou plus que dans les sauteries bourgeoises et les églises évangélistes.. Comme à peu près rien en ce monde, le couvre chef n’a échappé au statut de marqueur social. Un gars du nom de Tristan Bernard, l’auteur un peu oublié des Pieds Nickelés, aurait dit : “le fait d’avoir un chapeau sur la tête vous confère une indéniable autorité sur ceux qui n’en ont pas.” Ce à quoi lui répond un proverbe stoïque breton : que vous portiez chapeau ou bonnet, mine de cocu vous garderez.

Philip Treacy
Photo © 2018 team peter stigter Valentino S/S 2019
Dior, Haute Couture, 2000

De l’art de chaperonner …

Pendant un temps, qui s’étend du 18ème au milieu du 20ème, on sait bien que tous les rituels de politesse tournaient autour de lui. Pour faire simple, la mécanique du bonjour impliquait nécessairement d’en porter un.. Ce simple fait suffisait à le rendre omniprésent, puisque sans chapeau, point de salut ! Du coté des bons chrétiens, il semble que l’acte de le retirer par courtoisie s’appliquait, mais seulement en présence de “personnes considérables” si l’on en croit l’opuscule dédiée (citée ci dessus) des Règles de la bienséance et de la civilité chrétiennes, parues sous la plume d’un J-B de la Salle en 1703. D’ailleurs, le protocole chapelier du clergé catholique est assez complexe. Le code couleur et les modèles (allant de la calotte de soie à la tiare papale, sorte de couronne suprême qui place le saint père au dessus de toutes les majestés de la Terre) est expliqué ici, (dans un article du Parisien). Les règles de bonne conduite (en cérémonie) depuis le 19e sont évoquées .. Mais il s’agit toujours de le conserver, ou de l’enlever, selon les dignités hiérarchiques en vigueur. Du coté des juifs, il est impensable de rentrer à la synagogue sans s’être coiffé la tête. C’est la même chose pour les femmes, y compris les laïques, et surtout les bourgeoises, qui, jusque dans les années 60 ne devaient se dénuder le cheveu sous aucun prétexte, excepté le diner.

124 Questions à propos du Savoir Vivre – Sylvianne Roche
Joanna

J’ai lu quelque chose sur le mythe du garde chasse qui tripote sa casquette entre ses doigts pendant qu’il s’adresse à son supérieur, et c’est vrai que j’ai cette image fichée dans la tête : le pépé à casquette ou le petit garçon, peut-être parce qu’elle a été abondement reprise par le cinéma. Seulement c’est l’anecdote de cette Sylvianne Roche, citée ci dessus, celle du garçon qui cogne aussitôt l’impudente qui lui vole la sienne sans même regarder de qui il s’agit, qui m’a aidée à interpréter ce qui se jouait. Ca m’a rappelé le collège et les batailles sanglantes pour l’honneur qui suivaient en effet à coup sûr ce genre d’incident. En fait, dérober les casquettes des autres était un des jeux les plus répandus qui soient, dans la cour du collège. “”L’experte en savoir vivre”” mentionnée ci dessus n’a pas l’air de comprendre “ce que signifiait cette casquette pour ce pauvre garçon” alors que c’est la même raison qui explique qu’elle passe deux pages à ânonner sur le fait qu’il faille se découvrir ” a l’intérieur ou en présence d’une dame, si on est respectable.” Le chapeau est tout simplement un emblème de dignité. Et il tient sur la tête, reste sur la tête parce que l’on sait se tenir droit et supporter le poids du ciel qui nous pèse dessus. Il permet aussi bien de garder contenance et de faire “bonne figure” que de se protéger.

Courses de Longchamps, 1908, Paris

Je suis très sensible à l’idée que la vie est une “mise en scène” grandeur nature, et toute mise en scène suppose le port d’un costume et suffit à expliquer l’importance que revêtent modes et vêtements dans toutes les régions du monde, et pour toutes les époques. On joue un ou plusieurs rôle(s) et une personnalité, le tout d’une manière purement fonctionnelle. Ceci est valable pour tout le monde, y compris chez les gens les plus simples du spectre. De même, le costume est toujours fonctionnel.. La toque de chef, par exemple serait apparue sur les têtes des cuisiniers après que le marmiton du roi anglais Henri VIII ait perdu la sienne, condamné à mourir au motif que ce roi trouva un jour un cheveu flottant dans son assiette.. Quand à la calotte religieuse, qu’on désigne sous le nom italien de zuccheto pour “petite citrouille” : elle apparait sur les crânes des moines au Moyen Age, pour les protéger du froid parait-t-il glacial qui règne entre les murs de pierre des églises et des monastères. Dans le même genre, au début du siècle dernier, les travailleurs du Fort des Halles et des entrepôts de Bercy (poissonniers, bouchers, manutentionnaires) portent des choses similaires..

Paris. Halles centrales. Déchargement du poisson, vers 1900.

Les coupes des chapeaux du 20eme siècle évoluent en fonction du contexte politique (la guerre à le don d’inspirer une mode plus modeste) et des loisirs bourgeois les plus en vogue. Les courses hippiques de Longchamps au bois de Boulogne attirent à la fin du 19e siècle des foules particulièrement enthousiastes à l’idée d’être là , donc endimanchées comme il se devait. Hauts de forme et chapeaux melons pour les hommes. Soupières remplies de plumes pour les femmes. Il faut attendre l’avènement des virées automobiles et des coupes plus garçonnes des années 30 pour remarquer une baisse de volume. Je parlais dans l’article sur les tendances du 18eme de la hauteur réputée très impressionnante des coiffes féminines, mais en 1900, on constate que les grands airs sont revenus au galop, qu’il s’agisse de la France, de la Suède, de l’Allemagne, de l’Italie ou de l’Angleterre. Les femmes, ouvrières exceptées, ne se séparaient ni du chapeau, ni de l’ombrelle, autre grand accessoire indispensable en ce qu’il vous enveloppait dans un nuage de “mystère et sensualité”..

1900
1907

l’hippodrome d’Auteuil. Paris, mars 1912.

On pourrait croire que le nombre de boutiques de chapeaux soit tombé en chute libre quelque part vers le milieu du 20ème siècle, donc finalement assez peu de temps avant celui des vidéos clubs. Mais il semble que le déclin soit bien antérieur à cela. D’après les registres corporatifs, on compte au milieu du 16ème siècle environ sept cent maîtres chapeliers à Paris, contre trois cent seulement au bout de cent ans. Il semble aussi que la réussite la plus éclatante qu’on ait vue en matière de commerce de chapeaux dans la capitale soit (encore) celle d’une femme, Marguerite Le Page, ayant vécu au 17e et propriétaire d’au moins une huitaine de boutiques florissantes, d’après les registres nobiliaires épluchés par l’historienne Tiphaine Gaumy.

Les modes passent, et les demandes fluctuent inlassablement, à l’image des nuages et des humeurs. A ce niveau, ma mère était un peu comme Picasso. Elle a eu sa période rouge. Elle n’achetait plus que des vêtements rouges, et redécorait la maison dans cet esprit. Elle a eu aussi sa période bleue ciel, sa période noire, sa période multicolore et sa période beige ! Elle faisait au gré de son état d’esprit du moment, qu’elle explorait à fond, le laissant s’installer par tous les pores pour quelques temps, de l’air d’y sauter à pieds joints, sans jamais s’embourber.. Et c’est vrai que la Vie est un peu comme ca. Ce qui était utile, voire indispensable hier, comme ce petit chapeau soulevé en esquisse au passage des dames, peut glisser vers le superflu et la surenchère. Ou pas. Ou revenir.. Mais ils restent chouettes, du seul fait qu’on en fasse des confettis volants à la remise des diplômes, ou qu’on puisse s’en servir pour recueillir les fruits. J’admirais les ondulations passionnées de ma mère, comme j’admire les gens qui restent fidèles toute une vie à une couleur, un parfum, ou même un accessoire un peu fétiche, démodé pour le monde mais chéri par eux, une fois pour toutes.. Peut-être qu’on se cherche seulement jusqu’à ce qu’on trouve..

Ian Bennett

Ressources :

Le Guichet du Savoir : le couvre chef à table

Chapeaux, Bérets et Casquettes quand les industries du Sud de la France coiffaient le monde

Vogue : une brève histoire du couvre chef haute couture (en anglais)

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